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 JONAS E. HENDERSON ► miles bugby

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MessageSujet: JONAS E. HENDERSON ► miles bugby   Dim 10 Aoû - 23:26

C'est le 17 juillet 1985 à Somerville, Massachusetts, que les membres de la famille Henderson m'ont accueilli(e) dans leurs bras, ils m'ont prénommé(e) Jonas Elliott. Je suis célibataire et fort heureusement, mais si vous voulez tout savoir je suis sexuel et j'en suis fier. Je viens d'une classe sociale moyennement pauvre. Sinon, dans la vie de tous les jours je travaille en tant que barman depuis 5 ans. Et pour terminer, je voudrais intégrer les citizens.

À propos d'Harvard
AVEZ-VOUS ÉTUDIÉ À HARVARD ?
J'aurais bien aimé, mais soixante-cinq mille US Dollars, ça ne pousse pas sur les arbres ... Et évidemment, là, nous parlons des finances requises afin de pouvoir effectuer ne serait-ce qu'une année d'études dans l'enceinte de cette université. Mes parents ne sont pas riches, vous savez. Je crois d'ailleurs que tout l'argent qu'ils ont dû gagner dans leur vie ne serait pas suffisant pour couvrir l'éducation d'un gosse à Harvard ... Mais là encore, je m'avance peut être un peu trop. Donc non, je ne suis jamais allé à Harvard. J'aurais aimé, hein, mais l'idée de vendre mon rein, mon foie et tous mes autres organes afin de pouvoir tenter de financer mes études ne me branchait pas plus que cela. Après mes SATs, je me suis donc lancé dans la vie active. Comme ça. Sans hésiter. Mon frère a fait pareil, d'ailleurs. Il n'y a qu'April, la petite dernière, qui est rentrée à l'université. Mais elle, elle a pu obtenir une bourse ; une aide financière de la part de l'état. Évidemment, l'état est bien moins généreux lorsqu'on a des résultats de merde comme ceux que j'avais. Enfin, ils n'étaient pas si mauvais que ça, hein ... Mais il faut croire que ça ne brillait pas assez pour Harvard, ni pour pouvoir me permettre d'entrer gratuitement à d'autres établissements. Heureusement que je ne suis pas fait pour rester enfermé dans un amphi ou dans une salle de classe.
Mon personnage c'est le plus beau
(ajoutez "checked" pour cocher une case, 12 cases à cocher, sous la forme "l'un ou l'autre")
EXTRAVERSION - INTROVERSION
Expansifou Tranquille
Audacieux ou Réservé
Ouvert ouSecret

SENSATION - INTUITION
Factuelou Abstrait
Pragmatique ou Innovateur
TraditionnelouOriginal
PENSÉE - SENTIMENT
Impartialou Empathique
Détaché ou Compatissant
Logique ou Subjectif

ORGANISATION - ADAPTATION
Structuré ou Souple
Circonspect ou Spontané
Conformiste ou Non-conformiste

APRÈS LA BOMBE
Lorsque j'ai entendu parler des bombes à l'université, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à April. En effet, il m'était impossible d'imaginer que le pire aurait pu se produire ... Et pourtant, ce scénario ne faisait que de se répéter dans mes songes, s'intensifiant davantage à chaque seconde passante. Heureusement, elle s'était retrouvée dans les résidences au moment des détonations, ce qui voulait, bien évidemment dire qu'elle n'avait souffert que psychologiquement du drame (bien qu'à mes yeux, ces souffrances soient déjà de trop). Elle est fragile, April, après tout. C'est suite à cet incident que j'ai décidé de venir vivre à Cambridge, d'ailleurs. Histoire d'être plus proche d'elle et de Mike.

Bonjour tout le monde ! Sur internet on m'appelle Feu Ardent et j'ai 18 ans. Je suis Français et j'ai connu le forum grâce à PRD, il y a bien deux ans déjà (à l'ouverture, quoi). Comme j'étais déjà présent par le passé, (Edenshaw D. Cartwright, Camille M. Parker, Bentley A.T.M. A.-Newton & Luke Larson) et que vous me manquiez alors j'ai décidé de m'inscrire. J'utilise Miles Bugby comme avatar, d'ailleurs les images ont été faites par Feu Ardent. Je fais environ 500-1000 mots par RP et mon personnage est un personnage inventé.

Mot de la fin ? ▲ #hendersonrpz.
Je souhaite ▲ (ajoutez "checked" pour cocher une case)
être parrainé (?) adhérer un flood d'intégration (?)
participer au Summer Camp (?)
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MessageSujet: Re: JONAS E. HENDERSON ► miles bugby   Dim 10 Aoû - 23:26

Il était une fois...
Un instant, les oiseaux chantent. L'instant d'après, ils ne chantent plus.

Du moins, c'est comme ça que je le perçois.

Mon corps se plonge dans l'eau qui s'offre à moi. Celle-ci m'enveloppe. Vient caresser chacune de mes cellules. En moins de deux, voilà que je me retrouve enterré sous une masse de chlore. Une masse qui, pourtant, me semble légère ... Si légère. Mon corps flotte tandis que mes bras s'agitent. Avance, Jonas, avance. J'inspire profondément, puis, je garde mon souffle. Mes bras s'avancent, mes muscles se pliant et se dépliant selon mes mouvements. Droite, gauche. Droite ... Inspire. Gauche, droite, gauche ... Inspire. Je nage le crawl. Trainant mon corps derrière eux, calmes, inertes, coopératives, mes mains me guident jusqu'à l'autre bout du bassin. L'eau translucide se mouve afin de me laisser passer. Me frayant un chemin d'un bout à l'autre, mes membres se détendent à l'idée d'être ici. Enfin. Depuis le temps que j'attendais ce moment ...

Cela doit bien faire une vingtaine de jours que j'attends, patiemment, que Christopher parte en vacances avec sa femme et ses enfants. "J'ai besoin de quelqu'un pour s'occuper de la maison pendant mon absence. Quelqu'un qui accueillerait la femme de ménage et nourrirait les chiens. Immédiatement, j'ai pensé à toi. J'espère que cela ne te dérange pas." Christopher et moi, c'est une longue histoire. Si longue qu'elle remonte jusqu'à la maternelle. Ensemble, nous avions survécu à l'école élémentaire, au collège, et même au lycée. Nos chemins semblaient destinés à se croiser, tout au long de notre vie ... Puis, lui est sorti, victorieux, ses résultats de SAT lui garantissant une éducation des plus prestigieuses ... Et moi, avec les maigres revenus de mes parents, je me suis retrouvé à chercher un emploi. Désespérément. Lorsqu'il m'avait dit que l'on garderait contact, tous les deux, j'avais initialement cru à des paroles en l'air ... Mais avec le temps, je me suis conforté dans l'idée que le lien qui nous unit est puissant. Si puissant que des idioties telles qu'une différence socioéconomique ne suffise pas à le briser. Christopher est comme un frère pour moi. Visiblement, il en va de même pour lui.

Droite, gauche, droite ... Inspire. Maintenant, je carbure. J'avance à un rythme accéléré. Mon coeur bat la chamade, mes mouvements se font brusques, rapides ... Presque agressifs. Avance, Jonas, avance. Nage, continue, continue encore et toujours. Je dois avoir l'air ridicule, à m'exercer, ainsi, seul. Sans personne autour de moi ; dans un silence des plus complets. Et pourtant, cela ne me dérange pas pour le moins du monde. Le bassin est vide. Entièrement vide. Dans la piscine, pas un corps ne git, hormis le mien. Cela ne fait qu'un jour que je lui garde sa maison, mais déjà, voilà que je m'y suis habitué. Vivre ainsi pour le restant ma vie ne me dérangerait pas, assurément. Lorsque les parents de Christopher sont morts, il a hérité de leur belle maison. C'était il y a deux ans. Maintenant, cette maison lui appartient.

Plus jeune, j'étais venu par ici. La bâtisse avait changé, avec les années et les rénovations, et pourtant, je ne me sens pas dépaysé. Souvent, nous dinions avec ses parents, lui et moi. Cela me permettait d'aller loin de la mienne, de famille. De souffler, un peu. De respirer. Parfois, j'emmenais April avec moi, histoire qu'elle puisse voir autre chose, elle aussi. Comprendre que dans le monde, il y avait bien mieux que ce que nous avions reçu, dans nos vies ... Et, qui sait ? Peut être même le désirer suffisamment pour être capable de faire quelque chose d'utile, elle aussi. Il était peut être trop tard pour moi ... Il était peut être trop tard pour Mike ... Mais pour elle, il ne sera jamais trop tard. J'y ai toujours veillé, et j'y veillerai toujours personnellement.

Gauche, droite, gau ... Brusquement, je ressors la tête de l'eau. Mon souffle coupé résonne dans l'atmosphère. Pantelant, je regarde distraitement autour de moi, tentant tant bien que mal de chasser ce mauvais souvenir de mes songes. Disparais, déguerpis, ne reviens jamais ... Vas t'en, sale vestige d'un passé que je ne veux que trop peu. Sors de ma vie, enfuis toi, fuis, pars loin de moi. Des gouttes d'eau glissent lentement le long de ma peau. Je ne sais pas s'il s'agit de l'eau chlorée ou de sueurs froides. J'étais pourtant persuadé que plus jamais je ne me laisserai attendre par cette bribe du passé ... Et pourtant ...

Sa voix résonne dans ma tête comme si c'était aujourd'hui.

"Je suis tellement déçu de toi." La rage en moi bouillonnait avec fureur. Mes cellules hurlaient mais ma voix ne pouvait que se taire. Les yeux fixés au sol, je me retrouvais dans une situation qui me déplaisait fortement : une situation de faiblesse. Une situation d'infériorité. J'avais tort, et comme d'habitude, il avait raison. Et pour cela, je le détestais. Jamais mes émotions pour mon père n'avaient été aussi fortes ... Et en même temps, jamais n'avais-je tant eu envie de lui sauter au cou pour me battre avec lui. Une émancipation. Une prise de conscience. Une maturation spontanée, involontairement nécessaire.

Mes lèvres s'entrouvrent, laissant un léger souffle quitter leur surface afin de se dissiper dans l'oxygène autour de moi. Un frisson me parcourt l'échine tandis que je me remets à nager, plus rapide, plus appliqué, plus vigoureux malgré moi. Les vagues générées par mes mouvements s'échappent de mon corps, glissant vers l'extérieur avant de s'écraser dans un timide fracas contre la paroi en mosaïque du mur du bassin. La rage de mes remémorations remonte à la surface de mes pensées, et voilà que je me retrouve à l'évacuer malgré moi dans ces mouvements agressifs. Je ne nage plus, désormais: je me débats avec l'eau. Mes mains la frappent, la tranchent, la cisaillent de toutes parts. J'ai la force en moi et j'en abuse effrontément. Le maitre, ce soir, ce n'est pas l'eau. Ce n'est pas Chris. Ce n'est certainement pas lui, mon géniteur, mon paternel malgré moi. Le maître, ici, maintenant, et ce, à tout jamais ... C'est moi. Cela m'a pris du temps, mais maintenant je le sais.

"Tu es tellement irresponsable, Jonas, c'est incroyable ! Tu ne fais jamais rien correctement ! Tu es l'ainé, bordel, tu devrais montrer l'exemple !" Me mordant la lèvre, j'encaissais en silence. Je le laissais parler, sans protester, sans me plaindre, sans chercher à me défendre. Débattre était inutile, avec lui, de toutes manières. Comme d'habitude. Je n'avais pas pu plaider ma cause lorsque j'avais souhaité qu'il m'aide à assurer une partie des frais de l'inauguration du bar. Je n'avais pas pu plaider ma cause, également, ce jour là, le jour de "l'accident". Plus important encore, Maman n'avait pas su plaider sa cause lorsqu'il l'avait confrontée, ce fameux jour où, le regard noir, la rage au ventre, il lui avait demandé si j'étais réellement sien ou si mon père était en réalité l'homme avec lequel elle travaillait alors. Elle lui a fourni un test de paternité. Elle s'était pliée à sa volonté. Et pourtant, dans son regard, je le vois encore, ce doute. Ce doute qui le ronge, depuis bien des années. Je vois sans cesse cette incertitude obsédante qui ne l'abandonne jamais. Est-il réellement mon fils ? Le sang qui coule dans ses veines descend-il de moi ? Ais-je raison de me démener pour lui forger un avenir ? De lui apprendre à jouer au football, à faire du dessin, de m'occuper de lui comme s'il était mien ? Ce doute, je ne le connais que trop bien. Depuis l'époque où, plus jeune, déjà, je sentais bien le malaise existant chez moi. Depuis l'époque où, plus jeune, déjà, je voyais bien que quelque chose n'allait pas. Ce doute, cela fait une éternité que je le connais ... Et pour être sincère, je crois bien qu'il ne disparaitra jamais.

"Jonas, quand est-ce que tu te comporteras enfin comme un grand ? Tu as dix-huit ans, bordel, tu as passé l'âge de rentrer à la maison comme le ferait un ivrogne camé." Ses accusations me rappelaient à la réalité. J'avais envie de fuir, mais aucun échappatoire ne m'était possible. J'avais fait une connerie, une putain de connerie qui avait failli coûter une vie et qui avait manqué de détruire la mienne à tout jamais. Mes yeux se posèrent distraitement sur la carrosserie de ma voiture, complètement défoncée par l'impact avec le réverbère. Un peu comme moi ce soir là, en fait. "Oh, ça va, lâche moi la grappe, tu me fais chier." Je m'apprêtais à rentrer dans la maison afin de m'endormir un peu, histoire de tenter de décuver au mieux de ma capacité, lorsque ses mains fermes et viriles m'attrapèrent par le col afin de me soulever quelques centimètres au dessus du sol. Malgré mes grands airs et mes tentatives vaines et pathétiques de jouer les fiers paons, je n'oubliais jamais que le véritable homme, à l'époque ; le seul et unique homme de la famille Henderson ... C'était bel et bien lui. Il faut dire qu'il se gardait bien de m'autoriser à l'oublier. À ses yeux, je n'étais qu'un gamin. Immature, incapable, irresponsable. Quelque chose me dit que sa vision de moi n'a pas changée avec les années. Heureusement que je le sais, moi, que je suis un homme, un vrai. J'ai cessé de courir après son approbation afin de ne pas m'encombrer avec ce genre de trivialités.

Malgré l'assurance et la discipline avec lesquelles j'essaie de nager, je suis incapable de rester calme, concentré ... Focalisé. Mon objectif était de faire 50 longueurs, cet après-midi, afin de bien entretenir ma musculature prononcée ... Et pourtant, voilà qu'à peine dix longueurs entamées, me voilà trop distrait pour continuer. Distrait par ces ruines d'une vie passée qui ne cesse de me hanter. J'étais libre, insouciant, inconscient et heureux. Le monde me promettait des richesses que je n'avais qu'à saisir. J'étais jeune alors ... Et maintenant je me fais vieux. Encore un an et c'est la trentaine. Ce n'est pas quelque chose qui me réjouit, bien au contraire.

"Combien de fois t'ai-je dit de ne pas me tourner le dos lorsque je t'adresse la parole ? Tu vois bien que tu ne m'écoutes jamais." Son regard dur et froid me donnait envie de me recroqueviller sur moi même. Je jouais les fiers et pourtant, je voyais bien que face à lui, toute tentative de supercherie était inutile. Je me sentais ridicule d'être si enfantin face à lui et je lui en tenais rigueur. C'était de sa faute si j'étais mal dans ma peau. C'était de sa faute si je me sentais faible. Tout était de sa faute car il était l'exemple sur lequel je m'étais calqué, le seul exemple qu'on m'avait donné ... Et il ne cessait de me rappeler à quel point, inférieur, je ne parviendrai jamais à le rattraper sur l'échelle de la maturité virile. Malgré toutes mes tentatives, je restais un imbécile, un nigaud, le pire des cancres, à ses yeux. Son respect et son acceptation étaient à mériter ... Et je le voyais bien, moi, dans ses pupilles contractées que jamais je ne les mériteraient. "Tu viens de rater tes examens et au lieu de te mettre à bosser ou à tenter ta chance une deuxième fois, tu es en train de rater ta vie. Tu aurais pu avoir un accident grave, Jonas. Ce n'est pas sérieux. Pas sérieux du tout. Continue comme ça et tu vas finir par être un raté, de fond en comble. Plus rien ne pourra te sauver." Son emprise sur moi se détend alors. L'emprise que mes dents ont les unes sur les autres se resserrent, pour leur part. Putain, putain ... Je le hais, je le hais, ce putain d'enfoiré. Mes poings se referment, se crispent, avalent mes doigts en eux avec intensité. Je sens mes muscles se raidir pour leur part, ma fureur exploser. Je le hais, je le hais, je vais lui montrer, moi, qui c'est, ce raté.

Mon coeur tambourine contre ma cage thoracique, battant un rythme qui ne m'est pas inconnu mais que je n'ai pas vécu depuis bien des années. Ce n'est pas le rythme de l'excitation, de l'amour ou même de la peur. C'est le rythme pervers, endiablé et maudit de la rage. Ce rythme qui entraine tout dans son passage, créant une furie destructrice que rien ne peut arrêter. Une tempête émotionnelle ne laissant rien sur son sillage. Je revis les sensations qu'il a su créer en moi, ce soir là ... Et si les choses se sont arrangées depuis, avec Papa, je crois que c'est ce soir là que tout a vraiment changé.

"Le seul raté, ici, c'est toi ! T'es un bon à rien, un incapable qui ne peut même pas me payer des études ! Tu sers à quoi, à la fin, exactement ? T'es jamais là, tu bosses tout le temps et au final tu gagnes même pas assez pour payer le loyer. On serait tellement mieux sans toi, ici. Tout le monde le pense. Maman. April. Même Mike, le pense ! Oui, Mike, ton petit chéri. Ton fils préféré. Ne fais pas cette tête, nous savons tous les deux que c'est vrai. Eh bien, même lui, l'enfant prodige, ton descendance en or, ton successeur de choix ... Même lui trouve que tu nous traines vers le fond plutôt qu'autre chose." Je le toisais de la tête aux pieds avec un regard assassin, la haine au ventre me faisant articuler des mots que je ne pensais qu'à moitié. Emporté dans une impétuosité sans limites, je jouais au plus fort, à celui qui frapperait le dernier. Je voulais lui faire mal autant qu'il m'avait blessé. Un silence pesait autour de nous et pourtant c'est d'une voix assourdissante que les mots suivant se répètaient incessamment dans mon crâne, avec insistance. Pas un raté, je ne suis pas un raté, je ne suis pas un raté ... Malgré tous les artifices, cependant, je savais qu'il avait raison. Le mépris que ses yeux m'envoyaient me le reflétait bien. Ses iris s'étaient cependant teintées d'autre chose que de dégout, depuis ma dernière tirade. À présent, on pouvait également y lire une émotion que je lui croyais jusqu'alors inconnue : un étonnement que je m'étais alors surpris à découvrir dans ses traits. Malgré tout, jamais ne s'était-il attendu à ce que je lui parle comme cela. Pourtant, maintenant que j'étais bien lancé, je ne comptais pas m'arrêter de sitôt. "Mais bon. Puisque je suis un raté, je vais te faire plaisir, P'pa. J'vais me casser. Je vais faire mes sacs et me tirer, chez un de mes fameux potes qui t'insupporte tant puisqu'ici, je ne sers visiblement rien. Alors bravo. T'as gagné. T'es qu'un con, mais t'as gagné. Et si je ne remets jamais les pieds ici ... Tu n'auras plus que tes petits yeux mesquins pour pleurer." Le regard que je lui avais alors lancé était glacial. J'en frissonne encore à l'heure actuelle tant cela ne me ressemblait pas. Puis, je l'avais bousculé avant de me diriger à pas de loups vers la maison.

Deux heures plus tard, c'était comme si je n'étais jamais rentré, cette fameuse nuit. J'avais fait mes bagages et je m'étais enfui, dans ma vieille voiture cabossée. Les larmes coulant le long de mes yeux tandis que je me dirigeais vers l'inconnu. Un avenir que je n'avais pas planifié. Une destinée que je venais de me tracer en l'espace d'une nuit. Une fatalité à laquelle je ne pouvais rien faire d'autre que de me résigner. J'étais encore sous le choc.

J'ai vécu plusieurs mois chez Christopher avant de me trouver une collocation. Ses parents avaient eu la gentillesse de m'accueillir dans leur villa Somervillienne et, en compensation, j'essayais de me montrer aussi conciliant que possible. Je sortais les poubelles. Je les aidais pour les moindres tâches ménagères. Parfois, même, je me surprenais à leur mijoter des petits plats, le temps qu'ils rentrent du boulot. Jamais ne m'étais-je autant senti chez moi que dans cette villa. Lentement, mes pas me guident jusqu'à la chaise longue où je ramasse nonchalamment la serviette bleue que j'avais descendue avec moi afin de m'essuyer rapidement le visage, les cheveux et le torse. Je ne perds pas de temps à me sécher les jambes étant donné que mon maillot trempé me les inonderait sitôt la besogne effectuée, me contentant donc simplement de dessécher la moitié supérieure de mon corps avant de me diriger vers l'entrée de la maison.

(rentre par la porte du fond car plus proche de la douche.
deuxième flashback.
sort de la douche.
coup de fil.
c'est la bombe.)



Dernière édition par Feu Ardent le Lun 11 Aoû - 2:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: JONAS E. HENDERSON ► miles bugby   Dim 10 Aoû - 23:26

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MessageSujet: Re: JONAS E. HENDERSON ► miles bugby   Lun 18 Aoû - 3:34

Il était une fois...

Début 2013, à Somerville.



Un instant, les oiseaux chantent. L'instant d'après, ils ne chantent plus.

Du moins, c'est comme ça que je le perçois.

Mon corps se plonge dans l'eau qui s'offre à moi. Celle-ci m'enveloppe. Vient caresser chacune de mes cellules. En moins de deux, voilà que je me retrouve enterré sous une masse de chlore. Une masse qui, pourtant, me semble légère ... Si légère. Mon corps flotte tandis que mes bras s'agitent. Avance, Jonas, avance. J'inspire profondément, puis, je garde mon souffle. Mes bras s'avancent, mes muscles se pliant et se dépliant selon mes mouvements. Droite, gauche. Droite ... Inspire. Gauche, droite, gauche ... Inspire. Je nage le crawl. Trainant mon corps derrière eux, calmes, inertes, coopératives, mes mains me guident jusqu'à l'autre bout du bassin. L'eau translucide se mouve afin de me laisser passer. Me frayant un chemin d'un bout à l'autre, mes membres se détendent à l'idée d'être ici. Enfin. Depuis le temps que j'attendais ce moment ...

Cela doit bien faire une vingtaine de jours que j'attends, patiemment, que Christopher parte en vacances avec sa femme et ses enfants. "J'ai besoin de quelqu'un pour s'occuper de la maison pendant mon absence. Quelqu'un qui accueillerait la femme de ménage et nourrirait les chiens. Immédiatement, j'ai pensé à toi. J'espère que cela ne te dérange pas." Christopher et moi, c'est une longue histoire. Si longue qu'elle remonte jusqu'à la maternelle. Ensemble, nous avions survécu à l'école élémentaire, au collège, et même au lycée. Nos chemins semblaient destinés à se croiser, tout au long de notre vie ... Puis, lui est sorti, victorieux, ses résultats de SAT lui garantissant une éducation des plus prestigieuses ... Et moi, avec les maigres revenus de mes parents, je me suis retrouvé à chercher un emploi. Désespérément. Lorsqu'il m'avait dit que l'on garderait contact, tous les deux, j'avais initialement cru à des paroles en l'air ... Mais avec le temps, je me suis conforté dans l'idée que le lien qui nous unit est puissant. Si puissant que des idioties telles qu'une différence socioéconomique ne suffise pas à le briser. Christopher est comme un frère pour moi. Visiblement, il en va de même pour lui.

Droite, gauche, droite ... Inspire. Maintenant, je carbure. J'avance à un rythme accéléré. Mon coeur bat la chamade, mes mouvements se font brusques, rapides ... Presque agressifs. Avance, Jonas, avance. Nage, continue, continue encore et toujours. Je dois avoir l'air ridicule, à m'exercer, ainsi, seul. Sans personne autour de moi ; dans un silence des plus complets. Et pourtant, cela ne me dérange pas pour le moins du monde. Le bassin est vide. Entièrement vide. Dans la piscine, pas un corps ne git, hormis le mien. Cela ne fait qu'un jour que je lui garde sa maison, mais déjà, voilà que je m'y suis habitué. Vivre ainsi pour le restant ma vie ne me dérangerait pas, assurément. Lorsque les parents de Christopher sont morts, il a hérité de leur belle maison. C'était il y a deux ans. Maintenant, cette maison lui appartient.

Plus jeune, j'étais venu par ici. La bâtisse avait changé, avec les années et les rénovations, et pourtant, je ne me sens pas dépaysé. Souvent, nous dinions avec ses parents, lui et moi. Cela me permettait d'aller loin de la mienne, de famille. De souffler, un peu. De respirer. Parfois, j'emmenais April avec moi, histoire qu'elle puisse voir autre chose, elle aussi. Comprendre que dans le monde, il y avait bien mieux que ce que nous avions reçu, dans nos vies ... Et, qui sait ? Peut être même le désirer suffisamment pour être capable de faire quelque chose d'utile, elle aussi. Il était peut être trop tard pour moi ... Il était peut être trop tard pour Mike ... Mais pour elle, il ne sera jamais trop tard. J'y ai toujours veillé, et j'y veillerai toujours personnellement.

Gauche, droite, gau ... Brusquement, je ressors la tête de l'eau. Mon souffle coupé résonne dans l'atmosphère. Pantelant, je regarde distraitement autour de moi, tentant tant bien que mal de chasser ce mauvais souvenir de mes songes. Disparais, déguerpis, ne reviens jamais ... Vas t'en, sale vestige d'un passé que je ne veux que trop peu. Sors de ma vie, enfuis toi, fuis, pars loin de moi. Des gouttes d'eau glissent lentement le long de ma peau. Je ne sais pas s'il s'agit de l'eau chlorée ou de sueurs froides. J'étais pourtant persuadé que plus jamais je ne me laisserai attendre par cette bribe du passé ... Et pourtant ...

Sa voix résonne dans ma tête comme si c'était aujourd'hui.

"Je suis tellement déçu de toi." La rage en moi bouillonnait avec fureur. Mes cellules hurlaient mais ma voix ne pouvait que se taire. Les yeux fixés au sol, je me retrouvais dans une situation qui me déplaisait fortement : une situation de faiblesse. Une situation d'infériorité. J'avais tort, et comme d'habitude, il avait raison. Et pour cela, je le détestais. Jamais mes émotions pour mon père n'avaient été aussi fortes ... Et en même temps, jamais n'avais-je tant eu envie de lui sauter au cou pour me battre avec lui. Une émancipation. Une prise de conscience. Une maturation spontanée, involontairement nécessaire.

Mes lèvres s'entrouvrent, laissant un léger souffle quitter leur surface afin de se dissiper dans l'oxygène autour de moi. Un frisson me parcourt l'échine tandis que je me remets à nager, plus rapide, plus appliqué, plus vigoureux malgré moi. Les vagues générées par mes mouvements s'échappent de mon corps, glissant vers l'extérieur avant de s'écraser dans un timide fracas contre la paroi en mosaïque du mur du bassin. La rage de mes remémorations remonte à la surface de mes pensées, et voilà que je me retrouve à l'évacuer malgré moi dans ces mouvements agressifs. Je ne nage plus, désormais: je me débats avec l'eau. Mes mains la frappent, la tranchent, la cisaillent de toutes parts. J'ai la force en moi et j'en abuse effrontément. Le maitre, ce soir, ce n'est pas l'eau. Ce n'est pas Chris. Ce n'est certainement pas lui, mon géniteur, mon paternel malgré moi. Le maître, ici, maintenant, et ce, à tout jamais ... C'est moi. Cela m'a pris du temps, mais maintenant je le sais.

"Tu es tellement irresponsable, Jonas, c'est incroyable ! Tu ne fais jamais rien correctement ! Tu es l'ainé, bordel, tu devrais montrer l'exemple !" Me mordant la lèvre, j'encaissais en silence. Je le laissais parler, sans protester, sans me plaindre, sans chercher à me défendre. Débattre était inutile, avec lui, de toutes manières. Comme d'habitude. Je n'avais pas pu plaider ma cause lorsque j'avais souhaité qu'il m'aide à assurer une partie des frais de l'inauguration du bar. Je n'avais pas pu plaider ma cause, également, ce jour là, le jour de "l'accident". Plus important encore, Maman n'avait pas su plaider sa cause lorsqu'il l'avait confrontée, ce fameux jour où, le regard noir, la rage au ventre, il lui avait demandé si j'étais réellement sien ou si mon père était en réalité l'homme avec lequel elle travaillait alors. Elle lui a fourni un test de paternité. Elle s'était pliée à sa volonté. Et pourtant, dans son regard, je le vois encore, ce doute. Ce doute qui le ronge, depuis bien des années. Je vois sans cesse cette incertitude obsédante qui ne l'abandonne jamais. Est-il réellement mon fils ? Le sang qui coule dans ses veines descend-il de moi ? Ais-je raison de me démener pour lui forger un avenir ? De lui apprendre à jouer au football, à faire du dessin, de m'occuper de lui comme s'il était mien ? Ce doute, je ne le connais que trop bien. Depuis l'époque où, plus jeune, déjà, je sentais bien le malaise existant chez moi. Depuis l'époque où, plus jeune, déjà, je voyais bien que quelque chose n'allait pas. Ce doute, cela fait une éternité que je le connais ... Et pour être sincère, je crois bien qu'il ne disparaitra jamais.

"Jonas, quand est-ce que tu te comporteras enfin comme un grand ? Tu as dix-huit ans, bordel, tu as passé l'âge de rentrer à la maison comme le ferait un ivrogne camé." Ses accusations me rappelaient à la réalité. J'avais envie de fuir, mais aucun échappatoire ne m'était possible. J'avais fait une connerie, une putain de connerie qui avait failli coûter une vie et qui avait manqué de détruire la mienne à tout jamais. Mes yeux se posèrent distraitement sur la carrosserie de ma voiture, complètement défoncée par l'impact avec le réverbère. Un peu comme moi ce soir là, en fait. "Oh, ça va, lâche moi la grappe, tu me fais chier." Je m'apprêtais à rentrer dans la maison afin de m'endormir un peu, histoire de tenter de décuver au mieux de ma capacité, lorsque ses mains fermes et viriles m'attrapèrent par le col afin de me soulever quelques centimètres au dessus du sol. Malgré mes grands airs et mes tentatives vaines et pathétiques de jouer les fiers paons, je n'oubliais jamais que le véritable homme, à l'époque ; le seul et unique homme de la famille Henderson ... C'était bel et bien lui. Il faut dire qu'il se gardait bien de m'autoriser à l'oublier. À ses yeux, je n'étais qu'un gamin. Immature, incapable, irresponsable. Quelque chose me dit que sa vision de moi n'a pas changée avec les années. Heureusement que je le sais, moi, que je suis un homme, un vrai. J'ai cessé de courir après son approbation afin de ne pas m'encombrer avec ce genre de trivialités.

Malgré l'assurance et la discipline avec lesquelles j'essaie de nager, je suis incapable de rester calme, concentré ... Focalisé. Mon objectif était de faire 50 longueurs, cet après-midi, afin de bien entretenir ma musculature prononcée ... Et pourtant, voilà qu'à peine dix longueurs entamées, me voilà trop distrait pour continuer. Distrait par ces ruines d'une vie passée qui ne cesse de me hanter. J'étais libre, insouciant, inconscient et heureux. Le monde me promettait des richesses que je n'avais qu'à saisir. J'étais jeune alors ... Et maintenant je me fais vieux. Encore un an et c'est la trentaine. Ce n'est pas quelque chose qui me réjouit, bien au contraire.

"Combien de fois t'ai-je dit de ne pas me tourner le dos lorsque je t'adresse la parole ? Tu vois bien que tu ne m'écoutes jamais." Son regard dur et froid me donnait envie de me recroqueviller sur moi même. Je jouais les fiers et pourtant, je voyais bien que face à lui, toute tentative de supercherie était inutile. Je me sentais ridicule d'être si enfantin face à lui et je lui en tenais rigueur. C'était de sa faute si j'étais mal dans ma peau. C'était de sa faute si je me sentais faible. Tout était de sa faute car il était l'exemple sur lequel je m'étais calqué, le seul exemple qu'on m'avait donné ... Et il ne cessait de me rappeler à quel point, inférieur, je ne parviendrai jamais à le rattraper sur l'échelle de la maturité virile. Malgré toutes mes tentatives, je restais un imbécile, un nigaud, le pire des cancres, à ses yeux. Son respect et son acceptation étaient à mériter ... Et je le voyais bien, moi, dans ses pupilles contractées que jamais je ne les mériteraient. "Tu viens de rater tes examens et au lieu de te mettre à bosser ou à tenter ta chance une deuxième fois, tu es en train de rater ta vie. Tu aurais pu avoir un accident grave, Jonas. Ce n'est pas sérieux. Pas sérieux du tout. Continue comme ça et tu vas finir par être un raté, de fond en comble. Plus rien ne pourra te sauver." Son emprise sur moi se détend alors. L'emprise que mes dents ont les unes sur les autres se resserrent, pour leur part. Putain, putain ... Je le hais, je le hais, ce putain d'enfoiré. Mes poings se referment, se crispent, avalent mes doigts en eux avec intensité. Je sens mes muscles se raidir pour leur part, ma fureur exploser. Je le hais, je le hais, je vais lui montrer, moi, qui c'est, ce raté.

Mon coeur tambourine contre ma cage thoracique, battant un rythme qui ne m'est pas inconnu mais que je n'ai pas vécu depuis bien des années. Ce n'est pas le rythme de l'excitation, de l'amour ou même de la peur. C'est le rythme pervers, endiablé et maudit de la rage. Ce rythme qui entraine tout dans son passage, créant une furie destructrice que rien ne peut arrêter. Une tempête émotionnelle ne laissant rien sur son sillage. Je revis les sensations qu'il a su créer en moi, ce soir là ... Et si les choses se sont arrangées depuis, avec Papa, je crois que c'est ce soir là que tout a vraiment changé.

"Le seul raté, ici, c'est toi ! T'es un bon à rien, un incapable qui ne peut même pas me payer des études ! Tu sers à quoi, à la fin, exactement ? T'es jamais là, tu bosses tout le temps et au final tu gagnes même pas assez pour payer le loyer. On serait tellement mieux sans toi, ici. Tout le monde le pense. Maman. April. Même Mike, le pense ! Oui, Mike, ton petit chéri. Ton fils préféré. Ne fais pas cette tête, nous savons tous les deux que c'est vrai. Eh bien, même lui, l'enfant prodige, ton descendant en or, ton successeur de choix ... Même lui trouve que tu nous traines vers le fond plutôt qu'autre chose." Je le toisais de la tête aux pieds avec un regard assassin, la haine au ventre me faisant articuler des mots que je ne pensais qu'à moitié. Emporté dans une impétuosité sans limites, je jouais au plus fort, à celui qui frapperait le dernier. Je voulais lui faire mal autant qu'il m'avait blessé. Un silence pesait autour de nous et pourtant c'est d'une voix assourdissante que les mots suivant se répètaient incessamment dans mon crâne, avec insistance. Pas un raté, je ne suis pas un raté, je ne suis pas un raté ... Malgré tous les artifices, cependant, je savais qu'il avait raison. Le mépris que ses yeux m'envoyaient me le reflétait bien. Ses iris s'étaient cependant teintées d'autre chose que de dégout, depuis ma dernière tirade. À présent, on pouvait également y lire une émotion que je lui croyais jusqu'alors inconnue : un étonnement que je m'étais alors surpris à découvrir dans ses traits. Malgré tout, jamais ne s'était-il attendu à ce que je lui parle comme cela. Pourtant, maintenant que j'étais bien lancé, je ne comptais pas m'arrêter de sitôt. "Mais bon. Puisque je suis un raté, je vais te faire plaisir, P'pa. J'vais me casser. Je vais faire mes sacs et me tirer, chez un de mes fameux potes qui t'insupportent tant puisqu'ici, je ne sers visiblement à rien. Alors bravo. T'as gagné. T'es qu'un con, mais t'as gagné. Et si je ne remets jamais les pieds ici ... Tu n'auras plus que tes petits yeux mesquins pour pleurer." Le regard que je lui avais alors lancé était glacial. J'en frissonne encore à l'heure actuelle tant cela ne me ressemblait pas. Puis, je l'avais bousculé avant de me diriger à pas de loups vers la maison.

Deux heures plus tard, c'était comme si je n'étais jamais rentré, cette fameuse nuit. J'avais fait mes bagages et je m'étais enfui, dans ma vieille voiture cabossée. Les larmes coulant le long de mes yeux tandis que je me dirigeais vers l'inconnu. Un avenir que je n'avais pas planifié. Une destinée que je venais de me tracer en l'espace d'une nuit. Une fatalité à laquelle je ne pouvais rien faire d'autre que de me résigner. J'étais encore sous le choc.

J'ai deux ans chez Christopher avant de me trouver une collocation. Ses parents avaient eu la gentillesse de m'accueillir dans leur villa Somervillienne et, en compensation, j'essayais de me montrer aussi conciliant que possible. Je sortais les poubelles. Je les aidais pour les moindres tâches ménagères. Parfois, même, je me surprenais à leur mijoter des petits plats, le temps qu'ils rentrent du boulot. Jamais ne m'étais-je autant senti chez moi que dans cette villa. Lentement, mes pas me guident jusqu'à la chaise longue où je ramasse nonchalamment la serviette bleue que j'avais descendue avec moi afin de m'essuyer rapidement le visage, les cheveux et le torse. Je ne perds pas de temps à me sécher les jambes étant donné que mon maillot trempé me les inonderaient sitôt la besogne effectuée, me contentant donc simplement de dessécher la moitié supérieure de mon corps avant de me diriger vers l'entrée de la maison.

Je rentre par la porte du fond, car c'est celle qui me rapproche le plus de la salle de bains du rez-de-chaussée. Mes pieds humides glissent le long du carrelage imposant tandis que je contemple avec émerveillement les murs immaculés de la cuisine. Me dirigeant rapidement vers la porte menant sur le corridor, je jette un rapide coup d'oeil au tableau ornant le mur du couloir. Le luxe émanant de ce simple vestibule me coupe le souffle. J'avais déjà arpenté ce corridor bon nombre de fois par le passé, et pourtant ... Jamais ne m'étais-je habitué à tant de richesse, d'élégance et de bon gout réunis en un seul et même endroit. Je me demande parfois comment Christopher fait pour ne pas être impressionné par toute la fortune l'entourant avant de me rappeler qu'ayant été né dans une telle bâtisse, il était prédestiné qu'il s'y accoutume. Le monde appartient à sa famille. La mienne n'aurait jamais pu la rivaliser.

Mes pieds lourds s'écrasent de nouveau contre le sol dallé tandis que je me rapproche de mon objectif. Peu de temps après, mes doigts s'enserrent autour de la poignée de la porte de la salle de bains. Je n'y applique qu'une légère pression et, pourtant, voilà que celle-ci tourne d'elle même, avec peu de résistance, cédant à mes désirs sans s'y opposer. Tout ici semble toujours si neuf, si propre ... Si soigné ... Cette maison n'a strictement rien à voir avec l'appartement qui m'attend, lorsque Chris rentrera de vacances. Y repenser me donne la nausée ... Et pourtant, je ne peux pas me voiler la face. Un jour, il faudra que j'y remette les pieds. Je sais très bien que Chris n'a pas choisi d'utiliser deux de ses semaines de vacances à cette période de l'année par pur hasard. S'il n'a pas eu l'indiscrétion de m'en parler candidement, je sais pertinemment qu'il pensait que quelques jours de repos me feraient le plus grand bien. Me dirigeant machinalement vers la douche, mes doigts tournent le bouton doseur avant de le tirer vers moi, déclenchant un violent jet d'eau tambourinant immédiatement les pores de ma peau.

Calmement, l'eau me glisse le long du corps, longeant mes membres avec consistance avant de s'en aller s'aplatir contre le sol de la douche. Des filets limpides me coulent dans le dos, caressant avec tendresse les os composant mon dos tandis que mes mains, munies de savon, commencent à frotter. Glissant le long de mon corps, de mon torse bien dessiné, mes doigts dansent contre mes abdominaux, aidant la cascade de la douche à me débarrasser de toutes les impuretés polluant les cellules de mon corps. Remontant lentement mes cuisses, voilà que le gel douche s'accroche aux poils de mes jambes, leur permettant, à eux aussi, de se retrouver nettoyés suite à ma baignade dans ce bassin d'eau chimique. Effleurant mon biceps droit, mes doigts se mettent à l'enserrer d'une légère pression afin d'y appliquer une énergie rassurante ... Et pourtant, malgré le fait que mes mouvements soient lents, tendres et délicats, malgré le fait que mes mains suivent le parcours tracé par les siennes, je suis incapable de trouver le repos. De me sentir rassuré. L'enthousiasme et la passion m'animant auparavant, lorsque je me douchais, a aujourd'hui entièrement disparu. Machinalement et mécaniquement suffisent à décrire mes mouvements ; mouvements simulant avec difficulté l'élégance et la délicatesse de ses doigts de fée. Me retournant alors, je laisse le jet d'eau marteler mon dos tandis que je ferme les yeux. Je me souviens d'elle. De sa présence autour de moi. Je me souviens de nous douches. De ses bras enlaçant ma taille. Je me souviens d'elle. De sa compagnie. D'elle lorsqu'elle était avec moi. Je me souviens de notre amour. Je me souviens de tout. Je me souviens d'elle. Je me souviens de nous. Je me souviens de ses baisers dans mon cou ... De tout ce que je m'efforce d'oublier. Le visage baissé, je contemple mes pieds, sentant l'océan miniature qui déferle le long de ma colonne vertébrale. La bouche entrouverte, mon souffle sort bruyamment. Un bras posé contre le mur carrelé, je m'appuie de toute mes forces. Mon biceps saillant me permet de rester en équilibre tandis que j'hoquète, désespérément noyé dans la veine tentative de ne pas y repenser. À nouveau, des gouttes glissent le long de mon front, de mon visage, de mes joues et de ma nuque. Ces gouttes d'eau ne viennent pas de la douche, cependant. Il s'agit en effet de larmes. Mes larmes. Il s'agit des larmes qui, des semaines durant, ont refusé de tomber.

"Je suis tellement désolée, Joe ... Mais je ne peux plus continuer ainsi." Sa voix brisée parvenait difficilement à atteindre mes oreilles, et pourtant, le sens de ses mots s'ancrait de plus en plus profondément dans les recoins de mon cerveau. C'était terminé. À ce moment là, je pouvais sentir le sol se dérober sous mes pieds tant le choc m'était soudain, inattendu et, surtout, douloureux. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas pourquoi. Je ne trouvais aucune explication possible à ce soudain changement de refrain. À cette décision abrupte, catégorique et irrémédiable. Le silence enveloppant mes pensées, ce silence sourd, violent et muet caractérisait parfaitement mon état d'âme à ce moment là. J'étais vide. Entièrement vide. Vidé de mon énergie. Vidé de ma patience. Vidé de mes émotions. Il ne me restait plus rien. Absolument plus rien sur lequel me reposer, hormis quelques photographies, posées négligemment sur le comptoir de la cuisine, ainsi que les souvenirs qui, malgré moi, ne voudraient probablement jamais s'en aller. Ridicule. Je me sentais ridicule, moi qui me croyais homme. Toute ma vie, je m'étais cru au dessus de tout cela. De la souffrance. De l'humiliation. De l'amour. De la douleur. Toute ma vie, je m'étais cru inatteignable, moi et mon coeur en acier. Moi et ma volonté de fer. Toute ma vie ... Toute ma vie, je m'étais menti, et ce n'était qu'à présent que mes mensonges me rattrapaient afin que je puisse enfin évaluer la portée de leurs répercussions sur moi. Je n'étais pas un soldat de plomb. Je n'étais pas un objet dénué d'émotions. Je n'étais pas un corps perfectionné. Je ne suis qu'un humain, un simple humain ... Et putain, que cela me faisait mal de m'en rendre enfin compte, ce jour là. Difficilement, je tentais de respirer. Hoquetant, j'essayais de parler. Et pourtant, pas un mot ne sortait. Rien. Absolument rien. Faible. Complètement faible, et incapable de l'assumer. Je l'aime, je l'aime, je l'aimais ... Mais j'étais incapable de m'assumer. Reste avec moi. Je t'aime. Reste avec moi. Je t'en supplie. Reste avec moi ... Malgré le refrain entêtant de mes pensées, j'étais incapable de l'en supplier. Fier. Trop fier pour protester. Stupide. Trop stupide pour argumenter. Je suis resté là, demeuré interdit, silencieux, muet. Je suis resté là à l'écouter s'expliquer.

Bruyamment, des soupirs quittent mes lèvres. Yeux plissés, sourcils froncés, la grimace ornant actuellement mon visage n'a rien de séduisante. Pourtant, pour une fois, mon apparence m'importe peu. Je ne suis pas focalisé sur l'image que je renvoie de moi, cette fois-ci, mais sur la douleur qui me prend aux tripes, cette satanée douleur qui, décidément, refuse de s'en aller. Je ne suis pas focalisé sur la perfection avec laquelle mes muscles prononcés sont dessinés, mais plutôt sur le fait que je suis actuellement en train de pleurer comme le dernier des abrutis. Je ne suis pas focalisé sur le fait que l'eau me pleut dessus comme une lamentation des plus macabres, ni que je suis tombé à genoux, affaibli par mes souvenirs distrayants et émotifs. Je ne suis focalisé que sur elle, sur son odeur, sur le son de sa voix, sur son absence. Tu devrais être là ... Et pourtant, elle ne l'est pas. Jamais n'avais-je aimé ... Et maintenant, j'ai oublié comment recommencer.

"Lorsque je t'appelle, tu ne me réponds qu'une fois sur deux ... Avoue le, Joe. Ce n'est plus comme avant. À chaque fois que tu ne décroches pas, je me ronge les ongles, persuadée que tu es avec une autre. Ce n'est pas une vie. Je ne peux pas vivre ainsi, rongée par le doute, la jalousie et la peur. Tu comprends ? Ce n'est pas contre toi ... Je t'aime, et tu le sais. Mais je dois faire ce qui est le mieux pour moi, et, bien que cela me soit douloureux ... Je ne peux pas ... Je ne peux plus ... Rester avec toi ..." Sa voix, pourtant si douce et tendre, m'agressait comme une entité hostile le ferait. Chaque mot était une dague qui se plantait dans mon coeur. Chaque soupir était un poignard qu'elle enfonçait dans la plaie. Je ne comprenais décidément pas. La relation à distance, c'était pourtant son idée. Ensemble, cela avait marché. Étonnamment, certes ... Mais surtout, étonnamment bien. Cela faisait des années que nous nous connaissions. Des années que nous vivions sous le même toit. Ma colocataire, c'était elle, lorsqu'enfin je m'étais résolu à ne plus squatter chez Chris. Nous vivions dans un cinq pièces, avec deux autres jeunes gens. Des étudiants. Nous avions vécu ainsi pendant bien des années. Cinq ans, pour être plus exact. Cinq ans passés à se côtoyer, à se fréquenter et, parfois, même, à discuter ensemble, plus longtemps qu'on ne pourrait s'y attendre. Cinq années de cohabitation, cinq années d'amitié, cinq années perdues, le temps que je comprenne que je l'aime. Les autres locataires allaient et venaient, changeant au fil des années ... Mais elle n'allait nulle part, et moi non plus. Confortablement installés, nous étions dans notre appartement. Notre chez nous à nous. Il n'était certes pas des plus neufs ni des plus bien maintenus ... Mais nous l'aimions malgré tout, cet appartement, avec ses poignées rouillées et ses serrures cassées. Au moins, la chasse d'eau fonctionnait, c'était l'essentiel.

Puis, un soir, un soir alors qu'elle ne s'y attendait pas, un soir alors qu'elle travaillait, j'étais rentré du boulot. À l'époque, j'étais déjà barman. Le projet d'avoir mon propre bar se matérialisait davantage dans mes pensées au fil des journées écoulées. Un soir, un beau soir d'hiver, j'étais rentré, sans ramener une cruche à mon bras bras en guise de décoration, et je m'étais installé, face à elle, à la table du salon. Ses cheveux cascadaient le long de ses épaules tandis que son nez était fourré dans un amas de feuilles, toutes d'écriture noire recouvertes. Je l'ai observée, ce soir là. Longuement. Silencieusement. J'ai admiré son air concentré, ses fines lèvres rougies par le froid et l'innocence et la pureté découlant de tout son être. La simplicité qui émanait de chacune des particules de sa peau était rafraichissante et me faisait découvrir un monde nouveau. Pour une fois, je n'avais plus envie de me perdre dans les draps multicolores de mon armée de conquêtes passées, présentes et futures. Ce soir là, je m'étais rendu compte qu'elle me plaisait, et bien plus que les autres midinettes que je ramassais après la fermeture du bar. Ce soir là, je m'étais rendu compte qu'avec elle, je pourrais construire quelque chose, quelque chose pour la postérité ... Et c'est pour cela que je lui avais souri, de cette façon là, lui présentant le fameux sourire charmeur habituellement réservé à mes conquêtes ; ce fameux sourire irrésistible par lequel l'on ne peut répondre que par un autre sourire. Nous sommes restés deux heures, en silence, à nous regarder. Puis, je le lui avais avoué. Je le lui avais dit, qu'elle était belle. Et elle avait rougi.

C'était ainsi que tout avait commencé.

Recroquevillé sur moi même, mes bras virils enlacent mes jambes, les rapatriant à mon corps, tentant de protéger mon coeur. Mais c'était trop tard. La bombe à retardement avait déjà explosée. Les morceaux de shrapnel étaient déjà venus se loger en moi depuis bien longtemps, les blessures avaient été ouvertes, et profondément ouvertes ... Et, à présent, rien ne semblait être capable de me les faire cicatriser. Adossé au mur de la salle de bain, le visage perdu dans la chaleur réconfortante de mes bras, l'eau chaude claque contre le sol et s'évapore presque instantanément. Enveloppé dans un nuage de brume, un nuage de fumée, je reste ainsi, pendant un long moment. Incapable de me relever. Incapable d'oublier. Incapable de penser à autre chose qu'à elle.

Tous deux, nous étions restés là, à écouter le souffle mutuel de nos respirations. Auparavant accordées dans leurs rythmes, la sienne était bien plus rapide, ce jour là. Saccadée. Ses soupirs étaient plus brefs, son coeur palpitant rapidement. Pour ma part, ma respiration était calme, langoureuse et posée. J'essayais de me contenir et, visiblement, j'y parvenais fort bien. Un moment, nous avions attendu que ... Quelque chose se produise. Et par quelque chose, j'entends bien évidement que nous avions attendu, tous les deux, que je me mette enfin à prendre la parole. Et pourtant, malgré mes efforts, malgré mes veines tentatives de m'exprimer afin de lui faire comprendre et ressentir ce que moi même je pouvais bien éprouver, à ce moment là ... Malgré les nombreuses fois où je m'étais mis à ravaler ma salive dans l'idée de pouvoir ainsi mieux m'expliquer ... Pas un son ne sortit d'entre mes lèvres. Muet, entièrement muet, j'étais incapable de tenter de la retenir, de lui faire comprendre à quel point je tenais à elle ... Et je crois bien que c'est comme ça que je l'ai perdue, à tout jamais. Elle avait attendu, pourtant. Je pouvais bien sentir qu'elle désirait que je la retienne, que je dise quelque chose, n'importe quoi, histoire de lui faire changer d'avis ... Mais je ne l'ai pas fait ... Et éventuellement, elle s'était donc arrêté de m'attendre.

"Bon, eh bien ... Au revoir, Joe. J'ai été ravie de pouvoir vivre cette histoire avec toi, vraiment. Je te souhaite tout le meilleur."
Son ton était las. Découragé. Faible et fatigué. Elle soupira lentement, histoire de me donner une marge de battement, une dernière possibilité de la retenir ... Puis, elle m'avait raccroché au nez. Comme ça. Et ainsi, c'était fini. Et ainsi, notre relation était terminée.

C'était il y a deux semaines.

Il était tard, je venais de rentrer. Du bar, encore une fois ... Mais cette fois-ci, il s'agissait bel et bien du mien. Tous les soirs, j'en assurais la fermeture et, tous les matins, je m'occupais de son ouverture. Tant et si bien qu'en rentrant, je me retrouvais épuisé. Généralement, je m'affalais sur le lit en rentrant, sans me déshabiller ni même songer à mon doucher. J'ôtais négligemment mes chaussures à l'aide de mes talons avant de m'effondrer contre le matelas et de sombrer dans une profonde torpeur, le réveil mis en route pour le lendemain matin. Dix heures, histoire de pouvoir assurer l'ouverture vers treize heures. Ce soir là, cependant ... Ce soir là, j'avais fait l'effort de rester éveillé. Pour elle. Elle m'avait dit qu'elle désirait me parler et ayant eu si peu de temps à lui consacrer depuis l'ouverture du local, je ne m'étais pas vu capable de le lui refuser. Après tout, les choses s'étaient considérablement compliquées lorsqu'elle avait décidé à la dernière minute d'accepter cette offre d'emploi à Boston ... À ce moment là, je regrettais de le lui avoir accordé, ce dernier coup de fil. La rage pullulant en moi aurait pu être suffisante pour m'empêcher de m'endormir. Elle commençaient à me ronger de l'intérieur et à générer en moi de cruelles envies injustifiées. Silencieusement, je l'avais écoutée me faire part du fil de ses pensées avant qu'elle ne raccroche le combiné. Silencieusement, j'avais entendu chacun de ses mots, attentivement, sans avoir été capable de me défendre, de me justifier et, plus important, encore, de la rassurer. En avais-je réellement eu l'envie ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. J'étais tellement épuisé ce soir là qu'il faut avouer que je n'avais pas eu envie de grand chose. Hormis, peut être, de m'endormir profondément. C'est donc ce que je fis, avec difficulté.

Après que la ligne ne se soit coupée, je n'avais pas cherché à la rappeler.

La nuit qui s'ensuivit avait malgré tout été paisible, cependant. Je m'étais attendu à ce qu'elle soit agitée avant de me réveiller, le lendemain, sans me souvenir ni des désastreux rêves que j'avais fait pendant ma nuit, ni des évènements de la veille. Pour moi, il s'agissait d'un jour ordinaire, comme tous les autres jours de ma vie. J'étais Jonas, j'avais un bar et une petite-amie à longue distance. Ce n'était qu'après m'être douché, ce matin là, lorsque mes yeux s'étaient confrontés à la cabine vide et à son absence à mes côtés que je m'étais rendu compte qu'elle m'avait réellement largué. C'est à partir de ce moment là que je m'étais fait rattraper par ma triste réalité.

Et pourtant, j'étais toujours incapable de pleurer.

Ce n'est qu'aujourd'hui que je pleure. Aujourd'hui alors que je ne suis plus chez nou ... Plus chez moi, aujourd'hui alors que je suis chez Chris. Ce n'est qu'aujourd'hui que j'autorise aux larmes de couler librement le long de mes joues, oubliant au passage mes principes, mes craintes et mes à priori. Je m'en moque bien que pleurer n'a rien de très viril. Je m'en tamponne la nouille, vraiment. Cela ne m'affecte pas, si j'ai à présent l'air faible et renfermé sur moi-même. Roulé en boule, je sanglote en silence, espérant en mon for intérieur que ces sensations d'inutilité et d'impuissance s'évaporeront de moi comme par magie ... Et pourtant, malgré le long moment passé à me noyer dans mon chagrin, malgré l'eau coulant incessamment du pommeau de douche, augmentant très certainement la facture d'eau de chez Chris, la douleur qui me prend aux tripes ne veut pas disparaitre. Pire, encore : je pense qu'elle est plus forte que jamais auparavant. La solitude qui me hantait jusqu'alors me semble étrangement plus prenante maintenant que je suis seul, dans cette grande bâtisse ... Et pourtant, jamais n'avait-elle mis les pieds par ici. Son absence ne m'a jamais paru plus évidente et intolérable que dans cette douche et maintenant, je regrette le fait de ne pas lui avoir parlé, ce soir là. Si je le pouvais, je la rappellerais, maintenant. Si je le pouvais, je lui promettrai monts et merveilles, à présent. Si je le pouvais ... Mais c'est trop tard, et je le sais ... Alors je me contente de souffrir, de subir en silence. Je continue de me taire alors que je n'ai jamais été plus misérable de ma vie entière. Triste et cruelle réalité.

Désormais, elle n'était plus là. Désormais, nous n'étions plus ensemble. Désormais, il n'y avait plus rien, de tout ce qu'on avait construit, de tout ce qui faisait de nous ce que nous étions alors. Plus de mots, plus de caresses, plus de tendresses partagées. Plus de rires, plus de soupirs, plus de désir consumé. Plus d'amour, plus de relation, plus de complicité entre nous. Elle est à Boston, moi à Somerville. Huit ans. Pendant huit ans, nous avions vécu ensemble ... Huit années de poussières. Huit années de photographies enterrées dans de vieux albums que nous ne rouvrirons probablement jamais. Huit années de souvenirs, impossibles à évacuer. Huit années de perdues ... Bordel ... Qu'est-ce que je veux m'en aller ... Loin d'ici. Loin de tout. Loin d'ici. Loin du souvenir du nous ... Loin d'ici. Loin de la vie.

Sans elle, l'appartement était vide. Je le savais déjà, après son départ ... Je l'avais ressenti. Il n'y avait plus son rire, plus le chant logé à l'intérieur de celui-ci. Sa voix ne vibrait plus en sifflotant l'air de la dernière chanson qu'elle avait écoutée à la radio. Son souffle ne se soulevait plus lorsque je rentrais à la maison. Sans elle, l'appartement était fade. Plat. Inintéressant ... Mais après la rupture, les choses n'avaient fait que s'empirer. À l'ennui s'ajoutait la rancoeur. À la solitude s'ajoutait la douleur. À son absence s'ajoutait la mort de mon coeur. Sans elle, ma vie était vide. Et je détestais cela.

Dans un moment de force improvisée, je me redresse péniblement. Ma main s'accroche au mitigeur, l'enfonçant vers le mur, interrompant brutalement le flot meurtrissant de l'eau contre ma peau. Un instant, je reste ainsi, debout, agrippé au bouton, le regard figé sur sa surface métallique. Puis, je me hisse douloureusement hors de la douche, attrapant au vol la serviette suspendue au crochet vissé au mur. Me séchant d'un geste rapide, je l'enroule ensuite autour de ma taille nue avant de me diriger vers le miroir et de contempler mon visage cerné par la fatigue. Aventurant un doigt courageux en dessous de mon oeil droit, je tâte précautionneusement la peau élastique s'y trouvant. Malgré le fait que je m'efforce à refuser toute forme de médication et ce, depuis bien des années, je crois que le temps est venu pour que j'investisse dans une boite de cachets. Peut être pas des somnifères non plus, je pense que je n'ai besoin que de quelque chose de léger. Des tranquillisants, peut être. Il faudrait que je songe à aller m'en acheter. Je le ferai probablement au retour de Chris lorsqu'il faudra que je vaque sa maison afin de retrouver le silence "réconfortant" de mon logement. Je redoute déjà le fait de devoir y retourner ... Et pourtant, hélas, je sais bien que cela m'est nécessaire. Je pourrai déménager, certes ... Mais ... Je ne sais pas. Pas encore. Je ne m'en sens pas capable, je ne suis pas prêt. J'attends ... Quelque chose. Un signe, peut être. Et puis, le prix des loyers ailleurs est exorbitant. Tous les propriétaires ne sont pas aussi généreux que celui qui me loge depuis maintenant une bonne décennie. Malgré tout, chaque jour passé à penser à autre chose qu'à elle est un jour de gagné. Soupirant légèrement, je me retourne avant d'éteindre la lumière avant de refermer la porte derrière moi et voilà que je me mets à errer de nouveau dans le vaste couloir vide, aussi vide que cette gigantesque baraque dans laquelle il se trouve. Aussi vide que mon coeur, depuis qu'elle m'a quitté ... Secouant rapidement ma tête de gauche à droite, je tente de chasser toute pensée négative de celle-ci. Cela ne fonctionne qu'à moitié, mais c'est tout de même mieux que rien.

C'est alors que je me dirige vers "ma" chambre. La chambre des invités. Christopher avait pourtant été insistant sur le fait que je pourrai profiter de la chambre principale pendant leur absence ... Et pourtant, je n'ai pas désiré m'imposer plus que cela ne serait déjà le cas ; j'ai donc décidé de reprendre la chambre dans laquelle j'étais déjà resté, tant d'années auparavant. Dans la mesure où elle m'est malgré tout bien plus confortable que celle que j'ai, à l'appartement, je n'ai pas de raison de me plaindre. Me faufilant à travers l’entrebâillement de la porte, je me rapproche de la valise bleue foncée posée à même le sol, couvercle ouvert, plusieurs piles de vêtements et autres bricoles bien rangés à l'intérieur de celle-ci. Sortant au hasard un tee-shirt noir à col V, un jean, une paire de chaussettes blanches et un boxer Calvin Klein, je laisse ma serviette s'écraser au sol avant d'infiltrer mes jambes dans les ouvertures du sous-vêtement, une par une. Heureusement que le rideau est tiré ... Je ne suis pas nécessairement l'homme le plus pudique de la planète mais il n'empêche que je ne suis pas particulièrement enthousiaste à l'idée que le quartier entier puisse avoir un spectacle gratuit à mes dépends. Un peu d'intimité ne fait jamais de mal et, bien qu'il y ait peu de risques que je me retrouve confronté à qui que ce soit dans cette baraque si bien gardée ... Je préfère prévenir que guérir, des fois qu'un invité surprise se déciderait à pointer le bout de son nez. Après tout, n'est-ce-pas aujourd'hui que la femme de ménage devait passer ? Tentant de me remémorer les paroles de Christopher, il me semble bien qu'il m'avait dit que cette semaine-ci, elle ne passerait que le jeudi ... En somme, il me reste donc quelques jours de calme, de silence et de paix. Chic, chic.

Le boxer en microfibre glisse rapidement contre mes cuisses avant de se marier à mon bassin. "Indissociables, l'on pourrait presque croire que ce boxer a été fait sur mesure ..." C'était ce qu'elle disait souvent, lorsque, curieuse, elle m'observait au réveil. Amy, Amy, Amy ... Assez pensé. Amy n'est plus là. Relâchant subitement l'élastique, celui-ci vient se claquer contre ma taille, l'emprisonnant, elle et le reste de mon corps dans cette enveloppe oppressante ... Cette identité suffocante. Depuis qu'elle m'a quitté, je ne suis plus moi même ... Simplement, l'ombre de l'homme que j'étais hier. Tous les jours, mon identité s'efface de plus en plus, ne laissant derrière elle que les souvenirs de celui que j'étais ... Avant. M'asseyant alors sur le lit, je glisse rapidement mes mains le long de mon visage, soufflant bruyamment. Je suis fatigué. Aujourd'hui, je n'ai pas envie d'aller travailler. Comme hier. Comme avant-hier ... Comme il y a deux semaines et, très certainement comme demain. Stacy devrait bien pouvoir se débrouiller toute seule le temps de quelques jours, après tout, non ? Stacy, c'est la barmaid que j'ai embauchée, il y a quelques temps. Je crois bien que c'est d'elle qu'Amy était jalouse, d'ailleurs ... Et elle aurait pu être justifiée dans sa jalousie si Stacy n'était pas à la fois bien trop jeune pour mes goûts et très, très attirée par la gente féminine. Quelle ironie. Pensif, je reste ainsi un instant avant de me retrouver interrompu par une légère vibration se faisant de plus en plus insistante avec le fil du temps. Cette vibration originait de la table de chevet ; table sur laquelle se trouvait mon fameux téléphone portable.

Jetant un coup d'oeil distrait à celui-ci, mon regard se pose avec appréhension sur l'écran illuminé de l'appareil. S'agit-il d'elle ? Serait-ce Amy ? Mon coeur se soulève à cette idée, et pourtant, je ne pense pas avoir envie de décrocher. Une boule nouée au fond de la gorge, je ne me sens pas capable, là, maintenant, de l'affronter à nouveau. De lui adresser la parole. Il est encore trop tôt ... Bien trop tôt ... Ma plaie n'a pas encore eu le temps de se refermer. Mon coeur n'a pas encore eu la possibilité de se réparer. Me résignant donc à ne pas répondre au téléphone, j'attends quelques instants avant de constater avec satisfaction que celui-ci ne bouge plus. Arrêté. La personne cherchant a me joindre a arrêté d'essayer de me joindre. Amy ne me dérangera pas aujourd'hui. Enfilant alors rapidement mes chaussettes à mes pieds, je m'apprête à revêtir mon jean lorsque le téléphone se remet à sonner de nouveau, son vrombissement harcelant retentissant avec violence dans mes oreilles. Découragé, j'inspire lourdement avant de me résigner à ramasser l'appareil avec lassitude. Je me suis toujours dit que si une personne cherchait à m'appeler deux fois de suite en peu de temps, il devait forcément y avoir une urgence ... Et si cela s'était avéré plus souvent faux que vrai, ma précaution habituelle m'empêche malgré tout de prendre le moindre risque. Peut être que Stacy a eu des soucis, au bar ... Ou qu'Amy a eu un grave accident ... Peut être que Christopher essaie de me prévenir que leurs vacances sont annulées et qu'ils rentrent immédiatement ... Mais je me rends compte qu'à force de réfléchir, je manque de louper l'appel une deuxième fois. Lorsque mon regard s'arrête sur le nom qui s'affiche sur l'écran illuminé, cependant, je suis stupéfait de découvrir l'identité de l'interlocuteur ayant chercher à me contacter.

D-A-D. Trois lettres, une syllabe, un mot ... Mille cauchemars. Dad. La personne qui cherche à me joindre aujourd'hui n'est ni Stacy, ni Amy, ni Christopher : aujourd'hui, c'est papa qui cherche à me joindre. La boule nouée au fond de ma gorge se fait encore plus présente tandis que l'envie soudaine d'appuyer sur le téléphone rouge devient de plus en plus pressante. Et moi qui croyais que ma journée ne pouvait pas s'empirer ... Visiblement, c'est ma fête. Je ne comprends décidément pas pourquoi il avait jugé nécessaire de me contacter, d'autant plus à cette période difficile de ma vie. Comme s'il avait senti que j'étais au plus bas et que, tel un bon père, voilà qu'il se dévouait à enfoncer le couteau dans la plaie. Je ne sais même pas pourquoi je suis étonné, d'ailleurs, étant donné que ce genre de comportement lui correspond totalement, lorsque j'y pense : à mes yeux, mon père a toujours été un homme des plus intransigeants avec un timing des plus mauvais. C'était lui qui m'avait appelé, avant les SATs, pour m'annoncer que pépé venait de décéder. C'était lui, également, qui avait jugé bon de m'engueuler ce matin où on allait tous rendre visite à maman, à l'hôpital, après son opération. N'oublions pas, par ailleurs, les nombreuses fois où il avait tenté de m'appeler lorsque j'étais bien occupé avec une belle demoiselle, sinon, ce ne serait pas drôle.

Oui, habituellement, papa cherchait systématiquement à me contacter lorsque j'étais trop occupé pour lui parler ou que je n'avais tout simplement pas envie d'entendre le son agaçant de sa voix. La tentation de raccrocher m'est donc forte ... Très forte ... Et pourtant, je peux déjà l'entendre me sermonner, dans quelques jours, lorsqu'enfin je me déciderai à répondre à l'un de ses appels. "Tu ne sais pas te servir de ton téléphone, ou quoi ? Il est toujours éteint, à ce stade là, mieux vaut le revendre pour investir ton argent dans quelque chose qui te sera plus utile !" J'en soupire d'avance. C'est donc le coeur lourd que je renonce à l'idée d'appuyer sur le téléphone rouge, sélectionnant plutôt le bouton vert. M'attendant à ce qu'il me reproche d'emblée l'attente qu'il a eu à subir le temps que je "trouve" mon iPhone, je me dis que cela sera (malgré tout) mieux que l'alternative, et c'est cette pensée qui me donne assez de forces pour que je puisse parler dans le micro d'une voix qui se veut à la fois forte et contrôlée.

- Oui, papa ?

- Ah bah, enfin, c'est pas trop tôt ! Tu peux m'expliquer ce que tu fichais pendant que j'essayais de te contacter ? À quoi ça te sert d'avoir un téléphone hi-tech si tu ne t'en sers jamais, hein, dis moi ?

Crissant légèrement des dents à l'accueil auquel j'ai droit, je me rappelle mentalement de rester calme, histoire d'empêcher aux choses d'escalader plus loin que nécessaire. Je le savais bien, qu'il me le reprocherait, ça. Je le savais, moi, qu'il me reprocherait de ne jamais répondre au téléphone ! J"avais visé en plein dans le mil. Il soupire alors et j'en fais de même de mon côté, préférant ignorer sa question afin de lui en poser une à mon tour.

- Tu m'appelles pour une raison particulière ou ... ? Si je ne termine pas mon interrogation à voix haute, je ne me retiens pas de penser très haut "ou tu as décidé qu'aujourd'hui serait un jour parfait pour m'emmerder et m'engueuler ?" Attendant patiemment qu'il choisisse ses mots, je me lève alors afin de faire les cent pas dans la chambre, anxieux malgré moi face à ce qu'il pourrait bien trouver à me raconter, cette fois-ci. Pour moi, papa est irrémédiablement associé au malheur et aux mauvaises nouvelles, tant et si bien que je redoute chaque nouvel échange avec lui, persuadé qu'il serait capable de trouver, systématiquement, un moyen nouveau de m'annoncer une quelconque tragédie s'étant abattue sur le restant de notre famille. Aujourd'hui, ça n'a d'ailleurs pas manqué ... Mais ça, je ne le savais pas encore.

- Tu n'es pas en train de regarder la télé, là ?

- Non, papa, je ne regarde pas souvent la télé. Mais ça, tu le sais déjà très bien. Mon ton, impatient et las, contraste bien avec le sien, plus calme et tempéré que lorsque j'avais décroché le combiné. Je peux d'ailleurs ressentir un petit quelque chose, dissimulé dans le fond de sa voix ... Mais là, sur le coup, je serai incapable de définir quoi, exactement.

- Alors allume la, vite ...

Généralement, ceci est le moment idéal pour que j'effectue ma petite crise de fils émancipé. "Depuis quand tu te permets de me donner des ordres ? [...] Parle moi mieux, s'il te plait. [...] Je le ferai lorsque tu auras appris à me parler de façon civilisée. Au revoir, papa !" Et je peux garantir que l'idée ne va pas sans m'effleurer l'esprit ... Pourtant, je sens bien à son intonation qu'il semble presque ... Paniqué ! C'est donc ça, le mot que je cherchais tout à l'heure ! Dans sa voix, je perçois que papa est paniqué. Chose qui n'arrive presque jamais. Alors je ne réagis pas. Je me contente de quitter la chambre avant de marcher lentement jusqu'au salon et d'allumer le téléviseur, me laissant ensuite tomber lourdement contre le canapé de cuir blanc. L'écran de chez Chris est gigantesque ; assez gigantesque pour faire office de cinéma maison, j'en suis persuadé. Ce n'est pas la première fois que je le lui ai fait remarquer, d'ailleurs ... Mais il ne semble jamais m'écouter lorsque je lui dis des choses de ce genre.

- C'est fait. Quelle chaine ?

- Toutes les chaines ! Ça passe sur toutes les chaines, Joe ! Mais déjà, voilà que je ne l'écoute plus. Tentant malgré moi de dissimuler la curiosité que son inquiétude non-dissimulée avait générée en moi, je me demande bien quelle émission aurait pu le mettre dans tous ses états ; je me demande ce qui aurait bien pu tant déboussoler mon père, lui qui, d'habitude, est si calme et contrôlé. Ce n'est que lorsque mes yeux se posent sur la présentatrice, confortablement assise à gauche d'une photographie d'un bâtiment en pierre rouge, que je commence à m'alarmer un peu, moi aussi. Tout le monde sait que lorsque le réseau se décide à interrompre l'intégralité de ses programmes, quelque chose de grave vient de se produire. Écoutant attentivement la jeune femme d'une oreille distraite, je ne peux pas m'empêcher d'interroger mon père, malgré moi.

- Attends, mais ... C'est bien Harvard, je ne rêve pas ?

Des frissons me parcourent alors le corps tandis que je sens mes intestins se refermer sur eux mêmes avec nervosité. Harvard ... Cette fameuse université dans laquelle je n'avais mis les pieds qu'une seule fois : lorsque nous y étions allés, avec maman, Amy et April afin de visiter le campus. Ce n'était pas pour mes études supérieures à moi que nous avions fait le déplacement jusqu'à cette prestigieuse université de renommée. Ce n'était pas non plus pour celles de Mike (et pour cause, ni lui, ni moi n'avions fait grand chose d'académique après avoir obtenu nos SATs !) que nous nous serions déplacés aussi nombreux et aussi loin. Ce n'est que pour April que nous avions été capables de prendre la peine de visiter les lieux et toute la famille serait venue si Papa et Mike n'avaient pas eu d'autres engagements, ce jour là. C'était il y a un an.

Harvard ... Cette prestigieuse université figurant habituellement dans les listings des meilleurs établissements d'éducation supérieure. Harvard ... Cette prestigieuse université située non loin de Somerville, présente, elle aussi, dans l'état du Massachusetts. Harvard ... Cette prestigieuse université, aujourd'hui en plein coeur d'un attentat à la bombe. Ce n'est pas vrai, dîtes moi que je rêve ... Ce n'est pas possible. La présentatrice continue de nous raconter sa vie tandis qu'en silence, je regarde l'écran, le téléphone encore pendu à l'oreille. Nous restons ainsi plusieurs minutes, papa et moi et je suppose qu'il en fait de même, de son côté ... Qu'ils sont tous les trois, lui, maman et Mike, agglutinés devant la télévision du salon, occupés à se ronger les ongles et buvant du thé en attendant les dernières nouvelles de l'affaire. Pour le coup, je les envie. Moi aussi, j'aimerais pouvoir être avec eux, aujourd'hui ... Mais non. Je suis ici et je suis donc contraint de faire face à cette catastrophe seul. C'est alors qu'une vidéo de la première explosion fait son apparition sur l'écran ... Et c'est à partir de ce moment là que je perds les pédales.

- Putain, mais, ils sont sérieux, là ?!

De l'autre côté du combiné, je peux entendre les sanglots de maman, tandis que ce qui semble être la voix de Mike tente (tant bien que mal) de la rassurer. Pour ma part, j'éteins la télévision avec rage avant d'inspirer profondément. Une fois que j'ai repris mes esprits, je pose une nouvelle question à papa :

- Et sinon, quelqu'un a essayé d'appeler April ?

Non, parce que si tout le monde s'inquiète pour elle alors qu'elle rend visite à l'une de ses amies, dans la ville d'à côté, ce serait un peu con, donc autant vérifier. Elle ne peut pas être sur place, après tout : c'est une mauvaise blague ! Elle ne peut pas être sur place ... Et pourtant, papa refuse de me laisser y croire, malgré le fait que lui aussi aimerait penser qu'elle se trouve présentement en sécurité.

-On n'arrête pas d'essayer de la joindre depuis tout à l'heure, mais aucune réponse ... Un silence s'installe alors entre nous avant qu'il n'ajoute hâtivement (plutôt pour se rassurer lui que pour autre chose, à mon humble avis) : Enfin, tu la connais, tête en l'air comme elle l'est ... Elle n'a peut être tout simplement plus de batterie. Ouais, super, ça nous aide beaucoup pour savoir si elle va bien ou pas, en fait. Mais bon, cela ne m'étonne pas. Je ne peux même pas lui en vouloir dans la mesure où ce n'est pas de sa faute. La seule personne à qui j'en veux, aujourd'hui, c'est à ces crétins de l'administration d'Harvard. Non mais sérieusement, c'est trop difficile d'empêcher aux psychopathes de venir planter une bombe dans leur université à la con, là ? Je croyais qu'ils payaient des agents de sécurité pour assurer que tout se déroulait bien sur place, moi ! Mais j'avais oublié que ceux-là n'étaient payés qu'à manger des beignets en admirant les vols d'oiseaux dans le ciel. Sur le coup, j'en veux également à April, d'ailleurs : elle ne pourrait pas prendre l'habitude de recharger son putain de téléphone, elle aussi ? C'est incroyable, à croire que dans la famille, on est incapables de répondre à un coup de fil ! Enragé, je me résous à raccrocher, prenant malgré tout congés de mon père avant de couper la ligne définitivement.

- Bon, je vais essayer de l'appeler, je vous tiens au courant. Bisous p'pa, embrasse bien maman de ma part. Passe le bonjour à Mike. Promis, je vous rappelle bientôt.

Ne lui laissant pas le temps de surenchérir, voilà que j'appuie - finalement - sur ce fameux bouton rouge que je meurs d'envie d'activer depuis tout à l'heure. Sans plus attendre, je cherche alors April dans mes contacts (heureusement que son prénom commence par un A !) avant de l'appeler, à mon tour. Patientant anxieusement qu'elle décroche, l'attente semble interminable. Lorsque je son répondeur automatique m'accueille, cependant, l'inquiétude que j'essayais jusqu'alors de contenir commence à se concrétiser, malgré moi. April, putain, April ... Pourquoi ne réponds-tu pas à ton putain de téléphone ? Raccrochant sans même prendre la peine de laisser un message, je recommence une fois, puis deux, puis trois, avant de me rendre à l'évidence : April ne répondra pas. Que faire, dans ce cas là ? Ce que tout grand frère responsable se respectant ferait, bien évidemment. Courant jusqu'à la chambre, je termine brusquement de me rhabiller avant d'enfiler mes chaussures et d'attraper mon portefeuille et mes clés.

Deux minutes plus tard, me voilà derrière le volant de ma Hyundai, fidèle au poste depuis maintenant quatre ans. Cette voiture, j'avais pu me la payer, enfin, avec mon argent, mon argent à moi ... Et quel investissement ! Elle a pris un petit coup de vieux depuis le temps mais cela ne change rien à l'affection que je lui porte, ou du moins, cela n'a en rien détérioré l'amour que je pouvais bien lui porter, à ce véhicule à la carrosserie noire. Tournant rapidement la clé dans le contact, je fais alors marche arrière avant de faire demi tour et d'ouvrir les grilles d'entrée à l'aide de la télécommande que Chris m'avait confiée. Me voilà en route pour Harvard. Le premier qui me dit que je n'aime pas ma petite soeur, je lui refais le portrait. Et ainsi, voilà que je tente de conduire, malgré mes pensées tourmentées et mon coeur agité. Boum, boum, boum, proteste-t-il contre ma cage thoracique tandis que le ronronnement du moteur tente de m'apaiser ... Sans grand succès. Je ne sais pas exactement ce que je cherche à accomplir en me rendant sur place, mais ne sachant pas quoi faire d'autre, voilà que je me mets à conduire sur des routes que je n'avais, jusqu'alors, presque jamais empruntées. Je pourrais rejoindre le reste de ma famille, c'est vrai ... Mais je ne veux pas. Je ne veux pas rentrer sans April. J'avais juré que je la protègerais, coûte que coûte, à sa naissance, et je ne compte pas m'arrêter aujourd'hui alors qu'elle a le plus besoin de moi et que je suis si proche de mon but. Un jour, elle n'aurait plus besoin de moi, je le sais ... Mais ce jour n'est pas encore arrivé. Alors, je remplis mon devoir de protecteur. Je me rends à ses côtés. Toute autre tournure des évènements m'est tout simplement impensable. Je vais me rendre à Harvard, et elle sera en vie. Il ne peut pas en être autrement.

FIN DE L'HISTOIRE.

Résumé des évènements ayant pris place entre février 2013 et aout 2014.

Après l'incident de la bombe, Jonas a décidé de revendre son bar afin de s'installer à Cambridge, histoire de pouvoir se rapprocher de sa soeur. C'est donc en septembre 2014 que son déménagement à Cambridge sera finalisé, ayant eu du mal à trouver un emploi sur Cambridge après avoir finalisé la vente du bar (à contre-coeur). Ayant également quitté l'appartement dans lequel il avait vécu pendant huit années, aux côtés d'Amy, il renonça à une éventuelle réconciliation avec elle, n'ayant plus eu de ses nouvelles depuis la rupture. Il est resté en contact avec Christopher, comme toutes les années auparavant, et n'a que très peu de nouvelles de ses parents et de son frère Mike.
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JONAS E. HENDERSON ► miles bugby

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